Je ne suis qu’un enfant, l’enfant éphémère dans l’essaim des papillons à mourir ce soir. La masse sacrifiée des phalènes à brûler pour la lumière d’une nouvelle Nation aux mêmes Pères assassins. J’ai onze ans, peut-être bien douze maintenant, et je suis un soldat.
Son contingent exterminé, Muna Nussadi erre solitaire dans la forêt, hanté par  les souvenirs hallucinés de ses crimes, de ses parents, de Kenny, onze ans, mort au combat.
Les phrases de Yémy ont le ton haché, violent, au rythme sauvage qui dit toute l’horreur et l’incohérence du conflit vu à travers les yeux d’un enfant. Sa langue urgente et hypnotique, comme une mélopée, mêle un français classique à ses propres fulgurances et lie le son et le sens dans une littérature d’où sourd une musicalité violente et virtuose.