En ce joli mois de mai, Monsieur Louis repose sous un arbre, une balle de fusil dans la gorge. Par testament, il lègue à cinq clients chasseurs sa maison, sa forêt peuplée de sangliers, son élevage de porcs et même Aimé, l’homme à tout faire de la propriété. Les héritiers débarquent : un inspecteur à la retraite, un couple rapace, un militaire et un tenancier de bordel. Sans l’ombre d’une pensée pour le défunt, avidement, ils attendent le notaire. Qui ne viendra jamais. Parmi eux, il manque une femme.

Émilie de Turckheim, dans une langue brute, ironique et cruelle, sème doute et indices avec la virtuosité d’un maître du suspense.

 

« Du début à la fin du roman, j’ai fait du cinéma. Faire du cinéma, c’est jouer le jeu délicat de la concision et de l’ellipse. Chaque accessoire du décor soutient la maison entière, chaque mot articulé empêche un dialogue de s’écrouler, chaque séquence modifie irréversiblement le cours du scénario. Une seule image peut résumer le film entier, à l’instar des premières pages du Joli Mois de mai aux allures de prophétie : cinq individus avec de la boue jusqu’au cœur, attirés par la lumière d’une maison qui promet de l’or et prend déjà la forme de la gueule du loup.
Faire du cinéma, c’est aussi faire en permanence le choix de montrer et de cacher. Car même dans un film, on ne voit pas tout. Les drames se nouent souvent en dehors du champ de la caméra. La magie commune de la littérature et du cinéma, c’est ce hors-champ, cet espace génial d’imagination, cette pâte à modeler entre les images du film et les lignes du roman. Le hors-champ fait une promesse sublime. Celle d’emmener le spectateur de l’autre côté de la caméra et de tendre la plume au lecteur. »

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