Pierre Pelot

Né en 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle où il vit toujours, Pierre Pelot a signé plus d’une centaine de livres, du polar à la SF. Il est l’auteur notamment de L’Été en pente douce, C’est ainsi que les hommes vivent (prix Erckmann-Chatrian), Méchamment dimanche (prix Marcel Pagnol), L’Ombre des voyageuses (prix Amerigo Vespucci) et La Montagne des bœufs sauvages.   À propos de L’Ombre des voyageuses : Le personnage principal du roman à venir s’appelle Emeline. Il y a aussi un Cherokee. Cela se passe après la guerre d’indépendance américaine. Je n’ai toujours pas compris d’où venaient les histoires, ni où elles vont quand elles ne sont pas racontées. – Pierre Pelot

Le bureau de

« Alors voilà. C’est là. Sous plusieurs angles et quelques lignes d’horizons, où naissent d’autres lignes – sont nées et sont écloses aux courants du temps, selon les vagues et les vents… et se sont échappées de l’étroite faille entre murs de livres… »

La recette de Pierre Pelot

Choucroute de navets salés
Le navet, qui n’a de bon sang que le sien, c’est bien connu, et ne saurait de ce fait mentir, a été râpé. C’est le mot. Coupé au « fer » en allumettes, genre. On appelle ça aussi « choucroute de navets ». Parce que conservé en pot de grès, comme la même de chou. Une couche de navets, quelques centimètres, saupoudrée de gros sel, quelques grains de gros poivre, et baies de genièvre, et une re-couche de re-navets, pareil, et encore et encore. Là-dessus un torchon, couvrant la surface, une planche, ou une assiette, avec gros caillou pesant sur le chef. Vous attendez deux mois. Il ne faut pas avoir trop faim. Deux mois, deux mois et demi. Passé ce temps, vous voilà armé d’une écumoire, puisant la choucroute dans l’eau salée de son bain. Et vous la dessalez. Quand même. Trempée dans plusieurs eaux. La dernière bouillante. Vous avez fait cuire dans de l’eau une saucisse fumée, une viande du même tonneau. Coupée en tranche, la viande, éventuellement. Et puis du lard. Entrelardé, le lard, avec un zeste de plutôt gras. Disons une cuisson de trois petits quarts d’heure. La chose faite, dans une cocotte en terre cuite vernissée, mais qui eut pût être aussi de fonte, émaillée ou non, vous installez la choucroute de navets, vous ajoutez les viandes sorties de l’eau quasi cuites, et l’eau de cuisson descelles, ainsi que pommes de terre pelées, en morceaux gros comme ça, pas plus petit ni plus gros. Vous couvrez. Avec le couvercle. Au four 20 minutes. À l’odeur vous défournez.
Et vous criez : « À table ! » Et sans plus attendre les retardataires et trainards (il y en a toujours), vous faites descendre de la table le chat qui vaquait entre les assiettes mises, et vous attaquez. Avec cornichons et moutarde.
C’est juste à tomber.